Europe et chrétienté

COMPOSTELLE – La route qui bâtit l’Europe

Dans un temps où soufflent par rafales, et parfois par mode, des ventées d’europessimisme, rien n’est plus important que de garder nos ancrages. Quand l’Europe cherche, avec une urgence manifeste, à prendre conscience de la communauté de destin des pays qui la composent, n’est-il pas fondamental de reconnaître les richesses de ce qui demeure patrimoine commun ?

En cette fin d’Europe où a grandi Compostelle se trouve l’une des sources vives de la culture et de la spiritualité européennes. C’est en ce lieu qu’un pape venu de Pologne a voulu lancer son message à l’Europe, message de conscience, de foi et de devoir. Le lieu n’a pas été choisi par hasard. C’était exalter le centre d’une prodigieuse histoire , déployée depuis les lointains de la Baltique et les commencements de l’immense plaine eurasique jusqu’aux confins de la mer galicienne, où pendant plus d’un millénaire des millions d’hommes, ceux qui sont aujourd’hui européens, nations et conditions emmêlées, ont vécu leur geste pèlerine. C’était aussi, peut-être surtout, d’une intuition sans doute prophétique proclamer qu’en ces extrêmes confins d’Europe tient l’une des racines majeures de l’Occident. A Compostelle, on ne saurait en effet dissocier, le voulût-on, l’Europe de l’Occident.

D’après Alphonse Dupront, Puissances du pèlerinage, 1985.